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« Les écoutes made in France », ma 1ère BD

jeudi 12 décembre 2013 à 11:48

pieds nickelés copie copieLa Revue Dessinée (Twitter, Facebook) a été créée par une bande de potes, dessinateurs & auteurs de bandes dessinées, qui ont décidé de proposer à des journalistes de faire des reportages & enquêtes en mode BD. Ils m'ont contacté, j'ai adoré l'idée, et leur ai donc proposé de dessiner :

« Les aventures des Pieds Nickelés chez Kadhafi »

Quelque peu interloqués, je leur ai donc raconté l'histoire d'Amesys, cette PME française qui avait conçu un système de "surveillance massive" de l'Internet à la demande du beau-frère de Kadhafi, condamné (le beauf', pas Kadhafi) à la prison à perpétuité par la justice française pour son implication dans le pire attentat terroriste qu'ait jamais connu la France, et qui a depuis pris le contrôle de BULL. Une histoire incroyable, mais vraie.

LRD2Un peu plus d'un an plus tard, ça donne une enquête de 50 pages, publiée dans le n°2 de la Revue Dessinée (228 pages), en compagnie d'une enquête de David Servenay sur Jacques Monsieur, le marchand d'armes belge qui a inspiré le scénariste du film Lord of War, de la suite de l'enquête de Sylvain Lapoix sur le lobbying pro-gaz de Schistes, d'un reportage d'Emmanuel Lepage qui a pu rentrer dans la zone d'exclusion de Fukushima, et plein d'autres chroniques dessinées... disponibles en librairie & relais H depuis le 9 décembre (15€, ou 3,59€ sur iPad via l'appstore), sachant que vous pouvez aussi opter pour l'abonnement (60€ -c'est un trimestriel, et un super cadeau de Noël /-)

La Revue Dessinée m'a aussi proposé de venir la dédicacer ce vendredi 13 décembre à 18H, à la Librairie de Paris, 7 place de Clichy dans le 17è, en compagnie de Marion Montaigne (aka Professeur Moustache sur Facebook), de l'excellent Tu mourras moins bête, mais aussi et surtout de Nicoby, le dessinateur qui a traduit mon enquête en mode BD, co-auteur, notamment, de la BD 20 ans ferme, témoignage poignant sur l'"indignité" du système carcéral, scénarisé par un détenu, ex-braqueur, qui le qualifie de "glauque, terrible, cruel voire hors-la-loi", dans la mesure où il chercherait plus à "briser" les prisonniers qu’à essayer de les "réinsérer", & co-publié par l'association Ban Public, "qui a pour but de favoriser la communication sur les problématiques de l’incarcération et de la détention, et d’aider à la réinsertion des personnes détenues".

En guise d'introduction, la Revue Dessinée m'avait demandé de raconter les origines du projet, et de résumer ces "aventures des Pieds Nickelés chez Kadhafi", auxquelles j'avais déjà consacré des dizaines d'articles sur ce blog et chez OWNI, plus un livre numérique, Au pays de Candy; alors voilà :

JMtasvucaUn jour, quelqu’un m’a dit que, du temps de Nicolas Sarkozy, une entreprise française avait vendu (et installé) un système de surveillance massive de l’Internet à la Libye de Kadhafi. Problème : je n’avais aucun moyen de le recouper.

Le printemps arabe, et les bombardements de l’armée française en Libye, allaient me permettre de le vérifier et de découvrir que ce deal avait été orchestré par le sulfureux intermédiaire Ziad Takieddine, cornaqué par l’homme-lige de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant.

Mieux : les employés d’Amesys, l’entreprise française chargée de conclure ce marché, n’avaient pas pris la peine de déployer les mesures de sécurité que prennent d’ordinaire les entreprises commerçant avec des dictateurs. Façon Pieds Nickelés, ils ont même été jusqu’à mettre sur le web des preuves de leurs méfaits.

J’ai ainsi trouvé, dans le mode d’emploi du système espion, la preuve que la Libye, avec l’aide d’Amesys, avait également espionné des gens au Royaume-Uni et aux Etats-Unis... Y figurait en effet une liste de "cibles" comprenant de nombreux noms de dissidents libyens, vivant en exil aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne (dont le nouvel ambassadeur de la Libye -post-Kadhafi- à Londres), ainsi que les noms d’un avocat britannique, et de fonctionnaires américains...

Quand la Revue Dessinée m’a contacté pour prendre un café, histoire de voir dans quelle mesure cette histoire pourrait être transposée en BD, j’ai d’abord tenté de leur résumer l’affaire et, très vite, ils se sont marrés. & plus je leur racontais comment j’avais découvert les détails de ce "deal", plus ils se marraient.

De fait, on a rarement affaire à un marchand d’armes donnant des noms de codes de... bonbons (!) à des contrats censés être "secret défense".

De même, on imagine mal des employés d’un marchand d’armes partager sur Vimeo & Flickr des photos et vidéos qui révèlent qu’ils ont bel et bien commercé avec tel ou tel pays, ou encore partager sur un forum de discussion, ouvert au public, le fait que Kadhafi était bel et bien leur "client", tout en précisant qu’ils se foutent que le "grand public" apprennent qu’ils ont bossé pour un dictateur, vu que leurs clients, ce n’est pas le "grand public"...

SkornKadhafiSkornKadhafi2

Nicolas Sarkozy est connu, admiré et respecté en Libye pour avoir contribué à en finir avec Kadhafi. Il mériterait pourtant aussi d’être reconnu comme celui qui avait aussi précédemment permis (du temps où Kadhafi laissait entendre qu’il voulait acheter des Rafale) à mettre les Libyens sous (cyber-)surveillance (française).

D’autant que le "client" d’Amesys, celui qui lui avait réclamé ce "produit" censé -officiellement- "chasser le pédophile, le terroriste, le narcotrafiquant" (voir Amesys accuse l’ambassadeur de Libye de pédophilie), celui qui donnait des ordres aux employés d’Amesys envoyés à Tripoli pour former les espions libyens, était recherché par Interpol, pour "terrorisme (et) crime contre l’humanité".

Abdallah Senoussi, le chef des services de renseignement de Kadhafi, avait en effet été condamné à la prison à perpétuité pour son implication dans l’attentat du DC-10 de l’UTA (170 morts, dont 54 Français) par la Justice… française.

Les auteurs

Un reportage mis en BD par Jean-Marc Manach (@manhack, sur Twitter), journaliste d’investigation qui avait contribué à révéler les arcanes de ce scandale dans ses articles pour OWNI.fr, ainsi que dans "Au pays de Candy", l’ebook qu’il avait consacré à cette affaire, et Nicoby, dessinateur de nombreuses bandes dessinées, dont 20 ans ferme, poignant reportage "embeddé" dans l’administration pénitentiaire qui, rédigé par un détenu, montre l’envers -glauque, terrible, cruel voire "hors-la-loi"- de la prison, qui chercherait plus à "briser" les prisonniers qu’à essayer de les "réinsérer".

Voir aussi :
Barbouzeries au Pays de « Candy »
Longuet, Sarkozy, et l’alibi de la Libye
Amesys/Bull: un parfum d’affaire d’État
Le PDG de Bull se plante un couteau dans le dos
Amesys: les documents qui impliquent Ziad Takieddine et Philippe Vannier, le PDG de Bull